Notes de Saly : Idées, nerfs et tout le reste

daara saly education

Auteure: Charlotte Ndum
eBase Afrique

Je suis allée à Saly en me disant que j'allais me détendre. C'était optimiste.

Lorsque je suis arrivée à la deuxième retraite d'apprentissage de Daara (année 2), j'avais déjà la tête pleine. Pas de façon dramatique, mais plutôt d'une charge mentale stable et silencieuse, propre au travail qui n'avait pas commencé cette semaine-là, ni même ce mois-là. Un travail qui s'était déployé au fil du temps, au sein d'équipes et de pays différents, avec de nombreuses personnes impliquées et des résultats importants.

Daara est une plateforme d'apprentissage et d'innovation qui rassemble des organisations œuvrant pour la lecture et les mathématiques fondamentales en Afrique. Elle combine apprentissage structuré, échanges entre pairs et un fonds d'innovation compétitif soutenant les idées nouvelles et prometteuses. Faire partie de Daara, c'est apprendre publiquement, tester ses idées avec rigueur et composer simultanément avec les possibilités et les exigences.

J'ai rejoint eBASE Africa dans le cadre d'un travail lié au fonds d'innovation Daara, à une époque où eBASE participait à trois projets de consortium différents. Dans ce contexte, j'ai piloté l'évaluation pour l'un des consortiums, tandis que mes collègues, Che Myra et Ambang Tatiane, ont dirigé celles des deux autres. Chacun de nous était pleinement investi dans un projet spécifique, mais nous étions constamment en contact, partageant nos connaissances, coordonnant nos approches et nous soutenant mutuellement. J'avais souvent l'impression de travailler à la fois au sein d'un projet et au sein de l'écosystème Daara dans son ensemble, tantôt discrètement, tantôt au cœur de l'action.

Avant Saly, il y avait le travail

Dès octobre 2025, date de lancement du fonds d'innovation, mes collègues et moi avons travaillé en étroite collaboration avec des organisations partenaires à l'élaboration de propositions. Ces projets, qui couvraient des idées et des contextes variés, partageaient néanmoins un point commun essentiel : leur ambition, leur pertinence et leur ancrage dans des enjeux concrets liés à l'apprentissage fondamental.

Cela impliquait des semaines de discussions, de séances de brainstorming, d'ébauches de propositions, de cycles de retours, de révisions et de nouvelles révisions. Nous avons fait la navette entre les consortiums, aidant les équipes à affiner leurs idées, à évaluer la faisabilité, à clarifier les questions d'apprentissage et à renforcer la logique de leurs propositions.

On nous a confié la direction d'une grande partie de ce processus. Cette confiance s'accompagnait d'une grande liberté, mais aussi d'une lourde responsabilité. Certaines journées étaient stimulantes, d'autres interminables, et certaines se terminaient par une fatigue intense, fruit d'un engagement profond dans une course contre la montre. Dès le mois de janvier, je savais que le fonds d'innovation imprégnerait les réunions de Saly, même si le sujet n'était pas toujours abordé ouvertement.

Arrivée à Saly : Apprendre dans les lacunes

La retraite elle-même a duré trois jours. Ce qui m'a marqué allait bien au-delà du programme.

L'un des axes principaux de cette retraite était la collaboration avec les pouvoirs publics, non pas comme une option secondaire, mais comme une stratégie fondamentale pour garantir l'envergure, la pérennité et un impact concret. À maintes reprises, les discussions ont porté sur la signification de l'engagement des gouvernements en tant qu'alliés dans la réforme de l'éducation, partenaires de l'innovation et garants d'un changement durable.

Le fait d'être au Sénégal a rendu cela particulièrement tangible.

Nous avons appris directement d'organisations partenaires sénégalaises comme ARED et LARTES, dont le travail est profondément ancré dans la collaboration avec le gouvernement. Écouter leurs récits d'évolution, de croissance, les compromis et la patience nécessaires pour travailler au niveau systémique a été enrichissant et, sincèrement, inspirant. Mamadou Ly, responsable de l'équipe ARED, a parlé de leadership, de persévérance et de mise à l'échelle avec une assurance sereine qui découle de son expérience. Impossible de ne pas remarquer Mamadou dans une pièce, en partie à cause de sa présence, et en partie parce qu'il est, littéralement, très grand. Mais au-delà de sa taille, ce sont sa clarté et son humilité qui m'ont marqué. Entendre parler du parcours d'ARED, notamment de la reconnaissance qu'elle a reçue, comme le prix Yidan, a rendu concrète l'idée d'un travail de longue haleine, aligné sur les objectifs gouvernementaux, et non plus abstraite.

Figure 1: Charlotte avec ses collègues associés

Découvrir le travail dans les écoles

Les visites scolaires ont été un autre moment où la théorie s'est heurtée à la réalité.

En visitant les salles de classe où les innovations d'ARED avaient été mises en œuvre en collaboration avec des partenaires gouvernementaux, les discussions sur l'échelle et les systèmes ont pris tout leur sens. Il ne s'agissait pas de projets pilotes marginaux, mais de programmes intégrés au sein de l'enseignement public, élaborés avec les enseignants et gérés localement.

Pour moi, cela a renforcé un point important : travailler avec le gouvernement est lent, complexe et parfois frustrant, mais c’est aussi là que le changement devient durable.

Figure 2 : Visite et observation de l'approche de remédiation en calcul inspirée par ARED à l'École NGOR NDAME NDIAYE FATICK

La séance qui m'a fait réfléchir

Une séance, en particulier, m'a marquée : « Regarder en arrière pour mieux avancer ». Regarder en arrière pour mieux avancer.

La session invitait les organisations à réfléchir ouvertement sur l'année écoulée, sur leurs réussites, leurs difficultés et les enseignements tirés en vue de 2026. Ce qui m'a frappé, c'est le ton. Il ne s'agissait pas d'une réflexion formatée, mais d'une réflexion sincère. On a parlé de croissance, mais aussi de tensions, de progrès, mais aussi d'incertitudes. Ces réflexions m'ont rappelé que même au sein d'organisations solides et de dirigeants expérimentés, personne ne détient la vérité absolue. Cette honnêteté m'a poussé à l'introspection. Je me suis retrouvé à réfléchir à ma propre année, au rythme de travail, aux responsabilités que j'avais assumées plus tôt que prévu et à la façon dont j'avais appris, simplement en restant présent et ouvert.

Journée de pitching, vue de côté

Puis vint la séance de pitching.

Cinq consortiums présentaient des projets pour le Fonds d'innovation. Seuls trois seraient retenus. eBASE Africa était impliquée dans quatre d'entre eux. Je ne présentais pas, mais j'étais profondément impliquée. Nous avions travaillé en étroite collaboration avec les membres des consortiums durant les mois précédant l'événement, en les aidant à développer leurs idées et à les communiquer efficacement. Myra et Tatiane ne pouvaient pas être présentes physiquement à la réunion, je les tenais donc informées en temps réel, ce qui permettait de partager leur stress malgré la distance. J'ai assisté aux présentations, paraissant calme, mais intérieurement très attentive. Je repensais sans cesse aux mois de travail, à l'attention et à la conviction qui avaient présidé à chaque projet.

Lorsque les résultats ont été annoncés plus tard dans la journée, le soulagement fut immédiat. La gratitude suivit. Puis une tristesse plus discrète s'installa face aux idées qui n'avaient pas abouti. Certaines étaient prometteuses, et il était nécessaire de le reconnaître.

Figure 3 : Nancy présente la proposition Kalimani au Jenga Hub, à la Fondation Action et au Consortium eBASE.

Ce qui me travaille encore

J'ai quitté Saly avec les idées claires.

Sur la manière dont nous soutenons les idées sans nous attacher aux résultats.
Sur la façon dont la responsabilité peut survenir plus tôt que prévu, et sur la manière dont on l'acquiert progressivement.
Sur la façon dont les espaces d'apprentissage peuvent accueillir à la fois la confiance et le doute.

Cette retraite m'a rappelé que ce travail n'est pas seulement technique. Il est relationnel, émotionnel et profondément humain. Et parfois, être présent, écouter attentivement et bien faire sa part suffit.

Je pense encore à Saly, et je soupçonne que cela va durer un certain temps, non seulement à cause de la retraite elle-même, mais aussi parce qu'à un moment donné, les conversations se sont déplacées dans un espace où la musique était plus forte, la lumière plus tamisée et les objectifs d'apprentissage bien moins nombreux. Il s'avère que les personnes qui consacrent leurs journées à réfléchir sérieusement à l'éducation sont aussi, étonnamment, d'excellents danseurs.

Je suis également profondément reconnaissante à l'équipe du Secrétariat de Daara pour l'organisation de cette retraite, menée avec tant de soin et de détermination, ainsi qu'à des partenaires comme la Fondation Gates, représentée par Izzy Boggild-Jones, dont l'accent constant mis sur l'apprentissage, la réflexion et la vision à long terme a donné à la retraite un cadre à la fois stimulant et rassurant. De la vision d'ensemble aux moindres détails, leur travail a permis à chacun d'entre nous de simplement être présent, de s'investir pleinement et de se concentrer sur la tâche.

Figure 4 : Paulene, Charlotte, Mammuso et Rasheedat en route pour le dîner.